Lavoir du bourg D305, au pont sur la Dême

Dès 1817, la municipalité, disposant des fonds nécessaires, fait dresser le devis d’un lavoir public couvert sur la Demée, au lieu de la Grande Arche, près du bourg, sur la route de Marçon à Château-du-Loir. Toute la construction doit être réalisée en bois de chêne, y compris la couverture et le madrier de lavage. Tout d’abord, « trois pièces de bois de chacune 12 pieds de longueur (4 m), d’un pied de diamètre, pour pieux qui seront frappés jusqu’au refus du marteau, du poids de cent livres; ces pièces de bois seront bien ferrées »; enfoncées dans la rivière elles assureront l’assise du lavoir. Trois fermes constitueront la charpente de ce bâtiment de 7,60m, couvert en bardeaux, fabriqués par l’artisan. Les travaux adjugés à Eloi MASSON en août 1818, sont terminés au mois de janvier de l’année suivante. L’agent-voyer constate alors qu’un mur, du côté du bourg, remplace avantageusement le pan de bois prévu. À cette réalisation estimée 483 F, sont ajoutés, pour perfectionner le lavoir: trois chevalets sur des « poteaux scellés dans une masse de maçonnerie » ainsi que la peinture à l’huile de la couverture et des contours. La chaux provient des fourneaux de Chahaignes.

Le lavoir est détruit en 1862 lors de la construction d’un pont sur la rivière. Les Ponts et Chaussées versent une indemnité de 200 F et laissent un emplacement pour le refaire. Le nouvel édifice d’une longueur de 9 m est une construction en moellons de grès avec une toiture à deux pans couverte en ardoises. Le sol est dallé en pavés de terre cuite et les poteaux de soutien, jugés gênants pour les laveuses sont remplacés par une sablière. Les travaux sont réalisés par voie d’économie pour un coût de 984 F et financés sur les fonds libres de la commune.

Au cours du XXe siècle, une structure en béton renforce le système de levage du plancher. Est-ce à cette occasion que la cheminée a pris place sous le lavoir ? La couverture a été entièrement refaite récemment.

Lavoir du Ruisseau venant de Château-du-Loir, sur la D 305, direction du Ruisseau

plan 1896      Arch.dép.Sarthe 2 O 184/7

En 1896, les habitants du hameau de Ruisseau décident de réparer et d’agrandir le lavoir public alimenté par la source de La Fontaine, situé à l’ouest du hameau. Quarante-huit d’entre eux souscrivent 145,50 F en nature ou en argent. Les propriétaires donnent les terrains (H 106 et 318). Tous ensemble aidés  du maçon et du maréchal ferrant, ils vont fournir l’ensemble des matériaux et réaliser les travaux pour un total estimé à 295 F. C’est un édifice en pierres et briques avec un vannage. Les souscripteurs indiquent qu’ils vont se cotiser l’année suivante pour le couvrir. Un règlement permanent en neuf articles pour l’usage du lavoir public est établi le 19 août 1897. Les deux artisans auront la clé nécessaire pour ouvrir le système de fermeture du bassin et ils seront chargés de faire la vidange du lavoir et de la nettoyer une fois par mois, le 3e samedi : « pour faire ce travail, il leur est accordé deux heures. En conséquence, le système de fermeture sera retiré deux heures avant le coucher du soleil et il sera replacé à la tombée de la nuit ». Le dernier article précise: « le lavoir ne doit servir qu’à laver le linge. Tout autre usage est interdit notamment d’y faire rouir du chanvre, d’y tremper de la paille ».

Mais, il a fallu patienter! Ce n’est qu’en 1925, après des réparations urgentes effectuées l’année précédente, que le Conseil municipal, est sollicité par les habitants, pour «soustraire les laveuses aux intempéries des saisons». Une souscription de 535 F sur un devis de 1 000 F finance en partie les travaux de couverture réalisés par le charron, M. LETANNEUX.

Lavoir de la fontaine Putet sur la D 305, au Gué de Mézières, 3km route de Beaumont-sur-Dême

En 1927, un marché de gré à gré est passé avec le même charron pour la couverture du lavoir de la fontaine Putet, pour la somme de 1 700 F.  Une souscription de 555 F participe au financement.

Ces deux lavoirs de hameau sont bien entretenus.  (Arch. dép. Sarthe. 2 O 184/7)

 

Monument aux morts Place de l'église

A nos enfants

morts pour la France

la commune reconnaissante

1914    1918

Au centre du village, près de l’église et de la mairie, ce monument original est mis en valeur sur un emplacement gravillonné et coloré. Sur son piédestal, le poilu médaillé, s’appuyant sur son bâton, est accueilli par une fillette, des fleurs à la main et un garçon, cartable sous le bras et béret à la main. Les deux enfants, sont en contrebas, regards tournés vers celui qui revient. Le soldat, lui, regarde les villageois. La paix est de retour.

Le nom de l’artiste, Delpérier, qui a aussi réalisé le monument de Dissay-sous-Courcillon, est gravé au pied du soldat. La dédicace est sculptée dans la pierre, en façade et deux plaques de marbre sont fixées de chaque côté du socle avec les noms de 55 soldats, gravés en lettres dorées par ordre alphabétique. Une plaque a été ajoutée pour les 7 victimes de la guerre 1939-1945 et une victime de la guerre d’Algérie. Une plaque rappelant l’appel du Général De Gaulle a été fixée latéralement.

Georges Delpérier est né à Paris en 1865 et est mort à Tours en 1936. L’influence du milieu familial, où les lettres, la musique et les arts étaient en honneur, ne fut pas étrangères au développement de sa formation culturelle et de ses dispositions artistiques. (extrait de Un sculpteur tourangeau de Louis Chollet 1939 éditions Arrault) Après des études aux Beaux-Arts de Paris et à l’École nationale supérieure des arts décoratifs, il suit son épouse nommée professeure à l’École normale de Tours. En 1913, il est médaillé au Salon des artistes français pour le monument élevé à Ronsard dans le jardin des Prébendes à Tours, ville pour laquelle il fera de nombreuses restaurations de monuments historiques. Sculptures, monuments, pastels, peintures, aquarelles, émaux, décorations de spectacles, de fêtes, créations de costumes, de ballets, aucun domaine n’échappe à cet artiste. De même, il va réaliser des monuments aux morts en Indre-et-Loire et deux en Sarthe : Marçon et Dissay-sous-Courcillon.

Le 9 mai 1920, le conseil municipal décide de placer sur un livret de la Caisse d’Épargne les 4 500F recueillis lors de la souscription publique pour l’érection d’un monument aux morts. En août, entre plusieurs projets, il retient celui de Delpérier, ancien élève des Beaux-Arts, médaillé au salon de 1913, artiste statuaire à Tours. La souscription s’élève alors à 4 869F.

Le 16 mars 1921, le conseil adopte le devis de 24 750F de M. Georges Delpérier, comprenant la sculpture et le monument, le socle, la maçonnerie et 10% d’imprévus. Ce projet sera financé par le produit de la souscription publique, un crédit municipal de 4 000F. Le conseil demande à utiliser le reliquat du budget 1920 et des centimes additionnels de taxe sont votés. Il choisit la place publique en un point tel que le monument soit dans le rayon visuel de l’une des routes desservant la place publique.

En juin, la commission départementale déclare qu’elle ne peut se prononcer sur la valeur de la sculpture qui est fonction de l’exécution; selon elle, la pierre de Lavoux est beaucoup trop tendre et trop peu résistante pour les exigences que comporte l’exécution des petits personnages. Elle approuve mais émet des réserves.

Le 10 juillet 1921, M. Delpérier signe un traité de gré à gré avec le maire et s’engage à exécuter le monument conformément à la photographie de sa maquette et dans les plus brefs délais. Le maire évalue les dépenses à 25 000F alors que le produit de la souscription est de 5 100F et les deux crédits communaux sont de 13 250F. Il propose d’emprunter le complément, à l’un des conseillers municipaux, soit 7 000F à 6%, remboursables sur 2 ans. En août, lors de la rencontre entre le maire et le sculpteur, la pierre de Lavoux est confirmée. Le paiement des 20 000F se fera en trois fois: à l’approbation préfectorale, deux mois plus tard et à la fin des travaux.

Le 21 août 1921, en vue de l’inauguration du monument, il est prévu l’achat de tenues pour les pompiers: pantalon et tunique de la maison Giroult à Paris et pour l’officier une tenue spéciale, ainsi que l’achat de casques et képis.

 Le 17 février 1922, une convention est signée entre le maire et Léonce Gournay, maître-maçon de Marçon, pour exécuter le soubassement en béton à 70F le mètre carré sur 12 mètres carrés. De même, un marché de gré à gré est passé avec Jules Journin, maçon dans le village, pour la maçonnerie intérieure, à 80F le mètre carré et 2F par heure travaillée.

L’inauguration du monument se déroule le dimanche 21 mai 1922 sous la présidence du Général Vuillemot, commandant de la IVe Région, assisté de M.le Préfet, des sénateurs et députés de la Sarthe, du sous-Préfet de Saint-Calais, du Conseiller Général et des maires du canton. Le matin, un service religieux suivi du rassemblement des Sociétés communales et de la Musique municipale de Chahaignes sur la Place du village, d’une visite au cimetière et de la réception des invités à la mairie. Après le banquet par souscription, auquel sont vivement conviées les dames, le monument sera inauguré et des médailles seront remises.

 

En juin 1922, le conseil vote la dépense de 2 300F pour l’entourage du monument. En juillet, un traité est conclu avec M. Henri Fleury, carrier à Alençon. Il s’engage à fournir, dans un délai de 3 mois, un entourage formé de 5 pièces de bordure en granit d’Alençon, de 6 pilastres aux angles et d’une marche d’entrée, pour  1 347,45F.

Malgré tout le professionnalisme apporté à ce monument, le 16 août 1928, le maire s’interroge sur la garantie décennale  auprès du préfet car une des plaques de marbre gravée s’est détachée et brisée en tombant. Malheureusement il ne s’agit que d’un élément  de détail et non du gros ouvrage; de plus, la municipalité ayant  le devoir d’entretenir le monument aurait dû vérifier la bonne fixation des plaques. Le 10 octobre, le conseil, considérant que M. Delpérier se montre raisonnable dans ses prix, et en reconnaissance de l’importance de son  travail de 1921, accepte le prix de 500F pour la réfection de la plaque. Il n’y a rien à attendre de la commission départementale qui n’accorde aucune subvention pour les monuments commémoratifs et qui ne fait pas d’exception, malgré l’avis favorable du préfet.

Le 11 décembre 1947, la municipalité achète une plaque pour les morts de 1939-1945 à M. Cottin, marbrier à Château-du-Loir pour 6 100F. (Arch. dép. Sarthe 2 O 184/7 et 102 AC 176 et recherches de l’association « Marçon hier et aujourd’hui »)

Dans le cimetière, des tombes de soldats témoignent de cette guerre meurtrière. Sylvie de l’association d’histoire locale leur rend hommage dans une vidéo « Marçon et la guerre 14-18 « .

Monument paroissial

Il n’y a pas de monument paroissial dans cette commune.

Guerre 1939-1945 cimetière

 

Dans le fond du cimetière, à droite, une tombe musulmane regroupe 4 victimes: 3 militaires et un civil.

 

 

 

 

Écho du Loir du 03 octobre 2016

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le 12 août 1941 à Marçon, trois prisonniers de l’armée française et d’origine algérienne ont été tués par des soldats allemands. Une habitante a transmis ce récit à la rédaction.

25 prisonniers français de guerre

« Les renseignements sur les évènements tragiques évoqués dans cet article m’ont été communiqués par Monsieur Émile M. qui les a vécus alors qu’il était âgé de 10 ans.

Après la débâcle de 1940 une partie de la France fut occupée par l’armée allemande dont la Sarthe à Marçon. Environ 25 prisonniers français de guerre (d’origine algérienne) étaient cantonnés au lieu-dit Les Nérons sur les bords de la Dême. Les soldats allaient travailler de ferme en ferme par équipe de 5, escortés par 2 sentinelles allemandes pendant 2 jours pour y exécuter des travaux pénibles. Les fermières dont les maris étaient prisonniers de guerre en Allemagne pouvaient formuler une demande à la mairie. Cette activité avait été créée par les autorités d’occupation pour maintenir notre production agricole puisqu’une très grande part en était prélevée pour approvisionner leur pays et leur armée. »

Des représailles suite à une évasion

« Une huitaine de jours avant la tragédie dont il va être question, deux prisonniers, sous prétexte d’aller chercher dans une cour un couteau qui aurait été égaré, ont échappé à la surveillance de leurs deux sentinelles et ont pris la fuite, ils n’ont pas été retrouvés.

On s’attendait à des représailles et on avait raison. En effet, le 12 août 1941, une équipe de 5 prisonniers encadrée par leurs gardiens arriva à la ferme de la Conillère. La fermière et ses deux jeunes fils connaissaient très bien cette équipe mais ce jour-là ils semblaient bizarres et ont même refusé de prendre leur petit-déjeuner.

Ils se sont dirigés vers le petit bois qu’ils devaient essarter. Dans la matinée, en leur portant à boire comme il avait l’habitude de le faire, Émile aperçut trois jeunes soldats allemands, il prévint une sentinelle qui lui dit « sauve-toi ». Ces soldats discutaient entre eux, un roulait une cigarette. Après quelques minutes, ils sortirent leur révolver alors que les sentinelles faisaient de même avec leur fusil. »

« Trois hommes ont été tués très rapidement »

Et ensemble ils tirèrent dans le dos de leurs victimes. Un des prisonniers cria « Sauve qui peut ». Le petit Émile a pu prendre la fuite en passant sous des fils de fer barbelés, les écorchures étaient nombreuses et profondes mais il était sain et sauf. Trois hommes ont été tués très rapidement, leurs corps étaient criblés de balles. Mais les deux autres avaient pu s’enfuir : un a trouvé refuge dans un tronc d’arbre creux. Il fut indemne. Il est revenu en 1984 d’Algérie à Marçon avec sa famille pour montrer l’endroit où il avait vécu.

Le 5e était blessé, il avait reçu une balle dans le poumon et a pu s’échapper en se traînant. Peut-être ses bourreaux l’avaient-ils cru mort. Il avait pu rejoindre le fossé d’une route. Un passant l’a retrouvé et il l’a porté comme il a pu chez le Dr Romagne, médecin à Marçon, pour le faire soigner. Que s’est-il passé pour lui après, c’est un mystère, est-il resté dans le cabinet médical ? En est-il parti ? A-t-il été sauvé ? Est-il mort ?

Dans la soirée, une troupe d’une cinquantaine de soldats prenait d’assaut la Conillère. Le but de cette opération spectaculaire et sauvage était de retrouver les deux fuyards. Ils ont fouillé la maison, les alentours. Puis ils se sont mis à tirer dans les haies, les buissons, les arbres. N’ayant pas retrouvé ceux qu’ils recherchaient, ils se sont acharnés avec férocité sur les corps des morts les déchiquetant, tirant plusieurs centaines de balles. Ils sont enfin partis laissant sur place les trois dépouilles mortelles. Quelques jours après, d’autres soldats sont venus et ont obligé Mme M. à atteler sa fourragère, à envelopper les corps dans des toiles de tente. Ensuite elle a dû les conduire au cimetière, toute seule, pour les enterrer dans les 3 trous préparés à cet effet sous les ordres des soldats. Quel spectacle pour les deux enfants !

« Le mal et la capacité au mal sont universels »

Le camp fut démantelé peu de temps après. Hitler avait besoin de combattants pour l’URSS. Émile dit en avoir été marqué pour toujours. Si ces souvenirs douloureux sont revenus c’est que le 8 mai 2007 des stèles ont été posées sur les tombes de ces 3 malheureux. En évoquant cette histoire, je ne veux pas en conclure que de tels actes d’atrocité sont le fait d’un seul peuple. Malheureusement le mal et la capacité au mal sont universels et concernent l’humanité tout entière. »

Récit de Françoise Delsecco, membre de l’association « Marçon Hier et aujourd’hui ».