Après avoir fait paraître aux éditions Sutton "La Sarthe insolite et secrète" en 2015, la même équipe autour de Serge Bertin, avec la participation de Fernand Legeard, se retrouve pour les "lieux de légendes en Sarthe", ouvrage qui doit paraître à la fin de l'année 2021.

Le monstre des Ferrières à Aigné

C'est une avant-première en attendant la parution du livre.

Quand l’imagination est à l’œuvre, la légende se crée. Elle est racontée en patois.

A Aigné, y’a ben longtemps d’çà,

la nature elle’tè  ben pu généreuse qu’ailleurs.

C’était ben sûr ène chance pour nous les paisans.

Tiens si tu prends l’blé, y f’sait dans les 80 à l’hectare et l’poids spécifique il tè ben meilleur qu’à Degré ou Lavardin.

Les épis ils tin tellement lourds qui fallait l’zacoter avec des scions d’châtaigniers sinon i tallaient par terre et y r’poussaient  sur le champ !

Tenez moi qui vous cause, qui sè bûcheron, eh ben j’peux vous dire qu’les chênes de trente ans y zavaient déjà des troncs de vingt mètes de haut. Et rin qu’avec les câpelles d’un arbre tu pouvais faire ène corde  ed’boâ.

Ben sûr pour l’métayer d’la ferme ed Chiâ, tout ça c’était normal, mais y’avait pas qu’la terre qu f’sait des miracles.

 

Les bétes aussi aussi è r’semblé point aux zôtres.

Les moutons à cinq pattes, y’en a qui disent que ces rin qu’des menteries, eh ben à Aigné, y n’avaient tous cinq. Et comme la patte en pus c’était une patte de derrière, eh ben quand tu vendais deux bétes au boucher,  y’t’payait six gigots. Ça qu’y’ était tout d’même d’un bon rapport.

Les vaches aussi avec leur deux pis, è donnaient dans les 50 litres par jour, aussi ben qu’les Hollstein d’à c’t’heure !

Mais l’pu étonnant c’était l’allure des taureaux.

Vous vous en doutez ben, y z’étaient maousses et surtout point c’mode. Souvent quand y’z’étaient en chaleur, y s’ bigornaient entre eux et ça f’sait un raffut de tous les diâbles !

 

Comme y z’avaient six cornes, des foè y restaient emberlificottés  téte contre téte et y fallait les séparer à coups d’fourche en f’sant ben attention de n’pas prendre un coup d’sabot.

Ah, et pis, y’a core aut chouse, qui faut que j’vous dise, mais qu’est pas facile à dire...

C’est quièque chouse qu’on m’a dit... Alors j’vous l’rapporte comme ça...

Y parait qu’ya même des bonhommes d’la commune qu’en avaient aussi plusieurs paires !

... plusieurs paires de cornes, ben entendu !

Faut toujours qu’y en ait qui pense à mal !

 Pour les incrédules, voici une preuve irréfutable de l’existence de ces taureaux.

Ce squelette bien conservé laisse apparaître les fameuses cornes dont certaines sont cassées, sans doute suite à un violent affrontement avec un concurrent.

Il y a encore beaucoup d’autres têtes de ce type dans le bois en question mais elles sont fichées en terre à l’envers et ressemblent ainsi à de vieilles souches !

Quand vous en verrez, maintenant que vous le savez, vous pourrez les arracher et les retourner.

Vous verrez ainsi apparaître les têtes dantesques des taureaux d’autrefois.

Patrick

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